II. Le parcours de la pratique
La Voie de la Guérison et la Transformation de l’Énergie (2/2) — Les Médecins du Bardo
J’ai oublié de mentionner mon protecteur du Dharma : le Roi Lion. Je l’aimais beaucoup. C’est mon maître qui me l’avait amené, et il m’a suivie comme mon ombre pendant plus de trois ans. La nuit, quand je dormais, il se couchait paisiblement près de mon lit. Son pelage blanc était raide, avec des poils durs comme des aiguilles d’acier, et il mesurait plus de deux mètres de long. Quand je méditais, il faisait les cent pas autour de moi pour patrouiller. Un jour, en plein samadhi, un petit esprit espiègle courant à toute vitesse a soudainement arraché un chapelet bouddhiste posé devant moi. Avant même que j’aie pu réagir, le Roi Lion l’avait déjà rattrapé et l’avait mordu en plein milieu, le coupant en deux. J’ai regardé la scène, abasourdie. Intérieurement, je lui reprochais son manque de compassion : ce n’était qu’un chapelet, pourquoi le mordre si violemment ? Mais le Roi Lion n’en faisait qu’à sa tête et n’écoutait aucune de mes réprimandes.
Une autre fois, pendant mon sommeil, le Roi Lion a soudain collé son immense tête juste devant mon visage, me fixant avec des yeux ronds comme des cloches de bronze. Ce visage était vraiment le plus terrifiant du monde entier. J’étais tellement terrorisée que je n’osais même plus respirer, mais il refusait obstinément d’éloigner sa tête. Même si je savais au fond de moi qu’il n’avait aucune mauvaise intention, j’avais trop peur, et j’ai fini par appeler silencieusement mon maître à la rescousse… Après cela, le Roi Lion n’a plus jamais recommencé, il est devenu très docile. Parfois, je caressais son dos avec ma main. La nuit, dans mon lit, j’avais pris l’habitude de poser ma main sur son dos, car même s’il était couché à côté, son dos dépassait encore le niveau de mon matelas. Il était très amical avec les petits animaux qui venaient me voir. Si j’étais occupée, il s’arrangeait pour qu’ils attendent tranquillement sur le côté.
Trois ans plus tard, mon protecteur du Dharma a changé pour devenir le Bodhisattva Skanda, et le Roi Lion m’a quittée. La protection du Bodhisattva Skanda était différente de celle du Roi Lion : je ne pouvais pas le voir à tout moment. Il n’apparaissait soudainement devant moi que pendant le samadhi ou lorsque j’éprouvais soudainement de la peur au quotidien. Dès qu’il apparaissait, toute ma peur s’évanouissait. Une fois, en samadhi, j’avais mangé une pilule médicinale offerte par un esprit de la nature, ce qui a fait briller tout mon corps. C’est alors que Skanda est apparu à mes côtés. Il m’a regardée attentivement et m’a demandé : « Pourquoi y a-t-il une lumière bleue qui émane de ta tête ? » J’ai souri et répondu que c’était parce que j’avais mangé une pilule. Skanda m’a dit très sérieusement : « La prochaine fois que tu manges une pilule, préviens-moi. J’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose. »
Mon maître avait plus de 80 disciples qui le suivaient en permanence. Le jeune moine qui m’avait amenée voir le maître la première fois était le disciple aîné. Lui et le deuxième disciple venaient souvent me voir. Ils avaient l’apparence de moines ordinaires, m’appelaient « petite sœur de dharma » et m’apportaient de bonnes choses à manger.
À cette époque, la clinique de mon frère cadet était ouverte depuis trois ou quatre ans. Mais depuis le début de ma pratique, il m’accompagnait souvent à l’extérieur, ce qui faisait que la clinique restait fréquemment fermée. Il avait une attitude un peu découragée vis-à-vis de la médecine. Il disait que je diagnostiquais les maladies avec une telle précision, tandis que lui, en prenant le pouls, n’arrivait jamais à être aussi exact. Il se disait qu’il ne ferait jamais un bon médecin, que c’était irresponsable envers les patients, et il pensait à abandonner la profession. Mais il était gentil, ses tarifs étaient bas, et les patients qui venaient à sa clinique souffraient surtout de petits maux comme des rhumes ou des fièvres, qui se guérissaient facilement avec quelques injections ou médicaments. Finalement, il attirait de plus en plus de patients. Les habitants du quartier aimaient aussi se réunir à sa clinique pour discuter ou jouer aux échecs ; ils s’y sentaient bien. Mon frère a donc continué à tenir sa clinique petit à petit.
Un jour, ma mère est tombée gravement malade. Elle est restée alitée pendant une semaine, recevant des perfusions tous les jours sans la moindre amélioration. Depuis que j’ai l’âge de me souvenir, ma mère a toujours été accablée de maladies : diabète, malformation cardiaque congénitale, neurasthénie sévère, adhérences intestinales, ptôse gastrique, pyélonéphrite, etc. Il ne s’est pas passé un seul jour sans qu’elle ne vive dans la souffrance. Mon frère était à bout de solutions, et moi, je m’inquiétais énormément. Je priais silencieusement pour elle devant le bouddha. Peut-être était-ce dû à mon désir ardent de sauver ma mère, mais cette nuit-là, je me suis soudain réveillée en sursaut. Il n’était que trois heures du matin, pourtant, je n’avais plus du tout sommeil. Je me suis levée pour faire ma méditation assise. Soudain, un écran lumineux rempli de lumière blanche est apparu dans mon esprit, affichant clairement une ordonnance médicale. Je me suis hâtée de prendre du papier et un stylo pour la recopier. J’avais l’intuition profonde que cela pouvait guérir la maladie de ma mère.
Le lendemain, je l’ai montrée à mon frère avec enthousiasme. C’était la toute première ordonnance que je rédigeais. Mon frère l’a regardée et a dit : « La posologie de certaines plantes dépasse largement les doses habituelles, et la quantité d’arsenic est beaucoup trop élevée. » Devions-nous la donner à notre mère ? Nous nous regardions, incapables de nous décider. À ce moment-là, depuis sa chambre, notre mère, qui avait entendu notre conversation, nous a dit : « N’ayez pas peur, préparez-moi ce remède. De toute façon, votre mère a pris des médicaments presque toute sa vie, et cette maladie ne guérira pas. Autant essayer ton ordonnance cette fois. » Mon frère a soudain pris la résolution de préparer les herbes. Peu de temps après, la décoction était prête et posée devant elle. Nous étions tous les deux anxieux en la regardant boire et se recoucher. Rapidement, elle s’est endormie, et il semblait que tout allait bien. Ma mère a dormi d’un sommeil profond ; elle n’avait probablement pas bien dormi depuis des jours à cause de la maladie. Lorsqu’elle s’est réveillée, il était déjà midi. Elle avait retrouvé beaucoup d’énergie, s’est levée et s’est remise à bouger. Après avoir pris les trois doses prescrites, elle était redevenue comme avant… C’est ainsi que ma mère fut la première personne à prendre mes médicaments.
Ma mère s’était temporairement rétablie, et j’en étais très heureuse. Pourtant, à ce moment-là, je ne me considérais toujours pas comme un médecin. Pour moi, ce que j’apprenais en samadhi n’avait rien à voir avec ce que je faisais dans la vie ordinaire. Pendant cette période, je communiquais souvent avec les maîtres Li Shizhen et Huang, qui étaient des corps du bardo (des esprits dans l’état intermédiaire). J’avais donc installé quelques tablettes funéraires pour eux chez moi afin de leur faire des offrandes. Je les voyais aussi souvent pratiquer la méditation sous leur forme de corps du bardo. Chaque fois qu’il méditait, Li Shizhen allumait un cercle de bougies autour de son coussin et plaçait devant lui un bol de médecine jaune bordé d’or. Une fois, en pleine méditation, il a dû s’absenter soudainement. J’en ai profité pour m’asseoir furtivement sur son coussin, voulant expérimenter.
À peine avais-je fermé les yeux que j’ai entendu le battement de mon propre cœur si fort que c’en était insupportable, le flux de mon sang résonnait comme le murmure d’une rivière, et j’ai même entendu le son de la Terre tournant sur son axe. Bien qu’en temps normal je pouvais aussi percevoir ces sons en samadhi, ils n’avaient jamais été aussi forts. Cette fois, j’avais l’impression d’être assaillie par un vacarme tel qu’il m’était impossible de trouver la moindre seconde de calme. De plus, le bol de médecine devant moi s’est fissuré de toutes parts, et les bougies autour de moi se sont mises à vaciller comme sous l’effet du vent ; quelques-unes se sont même éteintes. Terrifiée, je me suis empressée de fuir le coussin.
Par la suite, Li Shizhen n’a jamais mentionné cet incident. Pendant qu’il méditait, j’ai jeté un coup d’œil discret au bol de médecine ; il était intact, il ne s’était pas brisé. J’ai interrogé mon maître à ce sujet, et il m’a expliqué que si je parvenais, en m’asseyant, à atteindre l’état où le souffle s’arrête et le pouls s’immobilise, ce genre de phénomène ne se produirait pas. Li Shizhen pratiquait également l’épée. En samadhi, je le voyais souvent faire des enchaînements à l’épée ou pratiquer la calligraphie. Un jour, l’apparence de Li Shizhen a complètement changé. Il portait des vêtements de moine, avait le crâne rasé et portait les cicatrices d’ordination. Li Shizhen était devenu moine ?! D’habitude, il apparaissait sous les traits d’un médecin de la cour impériale de l’Antiquité. Le maître Huang m’a dit : « Le maître Li a achevé sa réalisation. » Je ne savais pas quel niveau de réalisation il avait atteint, mais j’étais si heureuse que j’ai acheté des fruits, allumé de l’encens et versé du vin en offrande, car les maîtres Huang et Li aimaient tous deux boire. Après ce jour, Li Shizhen a repris son apparence de médecin, mais j’ai remarqué que sa façon de parler était devenue plus paisible et ouverte d’esprit. De plus, il devenait de plus en plus digne et majestueux, et une lumière rouge émanait souvent d’entre ses sourcils.
Plus tard, d’autres maîtres sont arrivés, tous de célèbres médecins de l’Antiquité. Parmi ceux que je ne connaissais pas, il y avait un roi de la médecine du Tibet et un médecin du Japon. À chaque nouvelle arrivée, j’installais une tablette pour leur faire des offrandes. Ils étaient tous des corps du bardo. En samadhi, je les voyais souvent se réunir pour discuter d’une ordonnance ou parler de la pratique spirituelle. Ils allaient aussi souvent dans les montagnes chercher des plantes médicinales. Mais je ne comprenais pas toujours toutes leurs actions. À partir du moment où j’ai rédigé cette première ordonnance pour ma mère, ma réputation a commencé à grandir au sein de ma famille. Dès que quelqu’un ne se sentait pas bien, on ne faisait plus appel à mon frère, on venait me voir.
Au début, pour faire une prescription, je devais examiner le patient en journée et attendre le milieu de la nuit pour que l’ordonnance apparaisse dans mon esprit, exactement comme la première fois. Avec le temps, et à mesure que mes amis et mes proches venaient me consulter, le processus a changé : une fois le diagnostic établi, les informations sur la maladie du patient s’imprimaient dans mon cerveau, et l’ordonnance correspondante coulait naturellement de mon stylo. Lors de mes premières prescriptions, je faisais même des fautes d’orthographe sur les noms de certaines plantes. Au fur et à mesure que ma réputation s’étendait, je me suis retrouvée, sans m’en rendre compte, encerclée par les patients. C’est ainsi qu’a commencé ma carrière de médecin pour soigner et sauver des vies.
En m’enseignant la combinaison des plantes, le maître Li Shizhen m’avait dit : autrefois, il y avait beaucoup de plantes médicinales sauvages et naturelles. Aujourd’hui, presque toutes les plantes de la pharmacopée chinoise sont cultivées artificiellement, et leur qualité est médiocre. De plus, la cueillette et la préparation ne sont plus rigoureuses, et le taux d’humidité des herbes n’est pas aux normes. Pourtant, les maladies des gens modernes sont de plus en plus complexes. C’est pourquoi, lorsqu’il me dictait une ordonnance, les doses prescrites pour de nombreuses plantes dépassaient largement les standards indiqués dans le Bencao Gangmu (Compendium de Materia Medica). J’utilisais aussi souvent des plantes aux propriétés « froides » et des ingrédients rares ou coûteux. Il expliquait que dans l’Antiquité, en raison des difficultés de transport, les échanges de plantes entre le Nord et le Sud étaient très rares. Les ingrédients précieux n’existaient que dans le palais impérial ; le peuple n’en voyait jamais et n’avait pas les moyens de se les offrir. C’est pourquoi les recettes transmises par ces célèbres médecins populaires de l’Antiquité utilisaient majoritairement des plantes peu coûteuses et courantes. Mais aujourd’hui, la gamme des plantes disponibles est très vaste, et les patients peuvent généralement trouver tout ce qui est prescrit. Par ailleurs, je ne prescrivais pas en me contentant de modifier des formules classiques apprises par cœur. Ma façon d’utiliser les plantes était donc très différente de celle d’un médecin traditionnel, et j’utilisais même souvent des plantes toxiques. Cela créait quelques difficultés pour les patients. À l’époque, bien que je les consultais gratuitement et que je faisais beaucoup d’efforts, les patients avaient du mal à trouver tous les ingrédients de mes ordonnances dans les hôpitaux ou les pharmacies. Pour les plantes toxiques, il leur fallait même des certificats médicaux, ce qui rendait l’achat très compliqué. De plus, certaines cliniques manquaient de professionnalisme, la qualité de leurs plantes était trop mauvaise, et il arrivait même qu’elles utilisent de fausses plantes pour les ingrédients coûteux. Tout cela m’inquiétait beaucoup…
Face à cette situation, mon frère a de nouveau investi pour acheter les près de mille plantes que j’utilisais régulièrement afin d’approvisionner sa clinique. Pour tout trouver, il a dû traverser plusieurs provinces pour visiter les sociétés pharmaceutiques et tout vérifier lui-même, ce qui a été très éprouvant.
Grâce à cela, il est devenu beaucoup plus facile pour les patients d’obtenir leurs médicaments, et je pouvais prescrire l’esprit tranquille. Un autre point était que, n’ayant pas le diplôme officiel pour exercer la médecine, je ne pouvais consulter dans aucune clinique. Les gens qui venaient me voir étaient des proches amenant des amis, et des amis amenant des proches. Je ne pouvais les consulter que chez moi, et je n’ai jamais rien facturé. Les amis qui venaient de loin devaient même être logés et nourris à la maison. Le temps qu’il me restait pour méditer chaque jour se réduisait de plus en plus.
Je me suis inscrite à l’examen d’auto-apprentissage pour adultes en médecine traditionnelle chinoise, et j’ai obtenu sans problème mon certificat de médecin praticien. Avant même d’avoir ce certificat, j’avais déjà soigné bénévolement des milliers de patients, et mes dossiers médicaux remplissaient plusieurs grandes boîtes. Au cours de ma pratique, j’avais un jour demandé à Li Shizhen si je devais aller étudier dans une école de médecine pendant quelques années. Il m’a répondu : « Surtout pas. Ne laisse surtout pas ces concepts dogmatiques et rigides s’installer dans ton esprit. Actuellement, tu es comme une page blanche ; tu ne fais qu’absorber ce que nous t’enseignons, sans chercher à nous opposer tes propres théories. Pour nous, c’est beaucoup plus facile de t’enseigner ainsi. » Ainsi, j’ai abandonné l’idée d’aller étudier dans une école de médecine traditionnelle chinoise, tout en ressentant une profonde tristesse face au déclin de la médecine traditionnelle de notre pays.