Postface : Notes éparses sur le voyage intérieur [ép. 2]

Avec la persistance de mon engagement envers le Bouddhadharma et l’approfondissement de ma pratique, en particulier le renforcement de mon pouvoir de concentration, mes pensées parasites ont diminué. Mon esprit a commencé à s’apaiser et à s’élargir. Je suis devenue capable d’endurance et de tolérance. J’ai commencé à me concentrer sur une chose à la fois, parvenant même parfois à goûter la joie de vivre dans l’instant présent. J’ai progressivement savouré la douceur de la pratique et de la réalisation, c’est-à-dire que j’ai personnellement goûté à la saveur du Dharma. Bien que je ne fusse pas encore capable de résoudre chaque situation de la vie avec la sagesse du Bouddhadharma, la plupart de mes égarements étaient dus à l’impureté de mes tendances habituelles et de mes désirs, et je parvenais très vite à me sauver de ces afflictions. Je voyais de plus en plus clairement la nature illusoire de ce monde. Mes aspirations sont devenues nobles ; j’avais la flemme de discuter de nombreuses idées ou vues avec les gens « stupides » de mon entourage. J’avais ce sentiment d’être la seule éveillée au milieu d’un monde d’ivrognes. Le corps et l’esprit purs, d’une droiture hautaine, je refusais désormais de me courber pour trois repas par jour ou pour satisfaire les désirs de cette misérable enveloppe charnelle. L’argent, la gloire et le profit m’apparaissaient comme de la boue ; je ne prenais plus la peine de faire des distinctions concernant la qualité de la nourriture ou de mes vêtements. Avoir le ventre vide à l’occasion était monnaie courante, et je ne trouvais pas la vie particulièrement dure. Je n’avais plus beaucoup d’attachement pour ce monde… Je suis peu à peu entrée dans la phase de maturité.

Durant cette période, les tendances habituelles et les désirs n’étaient pas éradiqués. L’avidité et l’attachement à l’éveil n’étaient pas plus saints que l’avidité pour les choses mondaines. De plus, j’étais avide de pureté et réticente à trop m’impliquer dans les affaires du monde. J’aimais pérorer avec mes compagnons de voie favoris, étalant des théories et des vues insondables comme si j’étais la réincarnation d’un bouddha ou d’un bodhisattva. L’arrogance de l’ego me suivait comme mon ombre…

Progressivement, j’ai fini par sentir que tout cela n’était pas fiable. Il y avait encore de nombreux conflits dans le monde que nous ne pouvions affronter sereinement ni résoudre harmonieusement. Parfois, j’étais encore menée par le bout du nez par mes désirs et mes tendances habituelles. Je me souciais encore du jugement et du regard des autres, même si sur certains sujets, j’avais cessé de faire des distinctions et de calculer. Mais l’attachement à l’ego n’était pas brisé. Il y avait toujours un « moi » qui faisait obstacle, m’empêchant de fusionner véritablement avec l’univers, la nature et les êtres sensibles, c’est-à-dire de m’unir au Tao. Si nous sommes incapables de fusionner avec les êtres sensibles et d’atteindre l’état d’absence de soi, d’autrui et d’êtres sensibles, nous sommes en réalité incapables de remonter à la source de tous les phénomènes ni de comprendre avec une clarté totale l’essence et la véritable nature de toutes choses. « On ne peut pas voir le vrai visage de la montagne quand on se trouve à l’intérieur. » Pour briser l’attachement à l’ego, nous devons faire preuve d’un amour universel et de compassion. Si l’on veut atteindre l’accomplissement parfait, ce sont justement ces personnes « stupides » avec lesquelles on ne voulait pas parler qui peuvent nous aider ; seuls les êtres sensibles peuvent nous permettre de nous accomplir. Nous commençons alors à entrer dans la phase d’accomplissement parfait. La conscience lumineuse brille de clarté, nous corrigeons radicalement chaque pensée qui s’élève. Cela donne un peu l’impression d’opérer à vif pour extraire le poison ou de sacrifier l’ego pour la grande vérité. Si l’ego ne meurt pas, la grande Voie n’apparaît pas. Nous retournons au monde matériel, et le voyage de notre esprit recommence. Nous redevenons ordinaires et banals. Nous commençons à percevoir la grandeur au cœur de l’ordinaire. Nous commençons à devenir un véritable bodhisattva capable d’œuvrer de manière désintéressée pour le bien des êtres, habité par la Grande Compassion issue de la consubstantialité et l’Amour inconditionnel. Tout cela s’élève au cœur des moindres détails de la vie laïque.

C’est seulement à ce moment-là que les véritables mérites et vertus peuvent naître, et que leurs bienfaits se manifestent instantanément.

L’eau coule, les fleurs s’épanouissent.

Yang Ning

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