Leçon 25 : Le bouddhisme des Dynasties du Sud 第二十五课 南朝佛教

Les Dynasties du Sud ont duré cent soixante-douze ans et comptent quatre règnes : les Song, les Qi, les Liang et les Chen. Sur le plan idéologique, les souverains tenaient toujours le confucianisme pour la doctrine orthodoxe. Avec l’essor du taoïsme, la querelle sur le rang respectif du confucianisme, du taoïsme et du bouddhisme s’intensifia sous les Dynasties du Sud. Dans ces débats, le camp bouddhiste défendait le plus souvent l’idée de l’unité des trois enseignements, et plus particulièrement celle de l’accord entre bouddhisme et confucianisme, ce qui prépara le terrain aux thèses de l’origine commune et de la fusion des trois enseignements, qui se développèrent progressivement à partir des Sui et des Tang. Dans le Sud, la rivalité entre les trois doctrines prenait généralement la forme de controverses théoriques, ce qui favorisa leur interpénétration et leur développement commun sur le plan doctrinal. C’est pourquoi le bouddhisme et le courant du xuanxue (« Étude du Mystère »), considérés comme des compléments du confucianisme, furent bien accueillis et soutenus par les souverains de chaque dynastie.

Sous les Song, les empereurs Wu et Wen vouaient une grande dévotion au bouddhisme. L’empereur Wen appréciait beaucoup la thèse de Zhu Daosheng sur l’« éveil subit » (dunwu chengfo), qui permet d’atteindre l’état de Bouddha d’un seul coup. Il fit venir à plusieurs reprises ses disciples au palais pour exposer le sens de cet éveil subit, de sorte que cette théorie devint un sujet très en vogue sous les Song. L’empereur Xiaowu des Song fit non seulement construire des monastères et se rendit en personne y écouter l’exposé des sûtras, mais il accorda aussi sa faveur au moine Huilin et l’associa aux affaires de l’État, ce qui lui valut le surnom de « Ministre en robe noire ».

Sous les Qi, l’empereur Gaodi se rendit en visite au monastère Zhuangyan pour écouter le moine Sengda exposer le Sûtra de Vimalakīrti. L’empereur Wu des Qi fit organiser dans le jardin Hualin la cérémonie des huit préceptes de jeûne (baguan zhai). Le deuxième fils de l’empereur Wu, Xiao Ziliang, prince de Jingling, fréquentait assidûment lettrés renommés et moines éminents. Avec son frère aîné, le prince héritier Hui, il organisa de grandes assemblées d’exposé des sûtras et diverses cérémonies de jeûne. Il réunissait autour de lui des personnalités cultivées et invitait des moines éminents à discuter ensemble de la doctrine bouddhique. Il se donna lui-même en servitude à un monastère, pratiqua des œuvres de charité, comme la libération d’animaux captifs et la distribution de remèdes, et composa de nouvelles mélodies pour le chant des sûtras. Xiao Ziliang est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont le Jingzhuzi jingxing famen (« Les portes du Dharma de la pratique pure »), l’Abrégé du sens du Vimalakīrti et le Commentaire du Sûtra de l’enseignement légué (Yijiao jing), qui ont exercé une influence considérable sur la postérité.

Bien que le bouddhisme ait subi un rude coup sous les Liang avec la rébellion de Hou Jing, il se rétablit très vite sous les Chen. Chen Baxian, l’empereur Gaozu (Wudi), rendit un culte à la relique de la dent du Bouddha et organisa une « grande assemblée sans restriction » (wuzhe dahui), où il vint lui-même se prosterner. Il se rendit à quatre reprises au grand monastère Zhuangyan, où il se donna en servitude au monastère pour servir le Bouddha. L’empereur Wu des Chen connaissait à fond le Sûtra de la Grande Perfection de Sagesse (Dapin bore jing) ainsi que les trois traités : le Traité du Milieu (Zhonglun), le Traité de la porte lumineuse des cent dharmas (Baifa mingmen lun) et le Traité des douze portes (Shi’er men lun). L’empereur Wen nomma le célèbre moine Baoqiong « grand supérieur du clergé de la capitale » (jingyi da sengzheng). Dans la salle Taiji, il organisa une grande assemblée sans restriction et se donna en servitude à la communauté. Il réunit les moines pour célébrer des rites de repentir fondés sur le Sûtra du Lotus, le Sûtra de la Lumière dorée, le Sûtra de la Grande Libération (Datong fangguang) et le Sûtra d’Ākāśagarbha. Il rédigea aussi un Texte de vœux (Yuanci) dans lequel il se déclarait disciple des préceptes du bodhisattva. L’empereur Xuan ordonna que tous les moines du royaume récemment ordonnés étudient la discipline monastique (vinaya) pendant cinq ans. Chen Shubao, le dernier souverain, organisa dans la salle Taiji une grande assemblée sans restriction, se donna en servitude à la communauté et proclama une grande amnistie.

Parmi les empereurs des Dynasties du Sud, le plus célèbre fidèle du bouddhisme fut l’empereur Wu des Liang, Xiao Yan (r. 502-549). C’est sous son règne que le bouddhisme atteignit son apogée. Les moines affluaient dans la capitale, Jiankang. L’activité de traduction y connut un grand essor, les maîtres qui exposaient les sûtras et prêchaient la doctrine étaient nombreux, et la foi populaire se répandait partout. Le poète Du Mu, de l’époque Tang, écrivit : « Aux Dynasties du Sud, quatre cent quatre-vingts monastères ; combien de pavillons et de tours dans la brume et la pluie ! » Ces vers dépeignent la prospérité du bouddhisme à cette époque.

L’empereur Wu des Liang, Xiao Yan, fut dans l’histoire un souverain aux talents multiples, à la fois lettré et homme d’armes. Dans sa jeunesse, il fréquenta de nombreux lettrés renommés et fit partie des célèbres « Huit Amis » (ba you) de l’époque : les lettrés Shen Yue, Xie Tiao, Wang Rong, Xiao Chen, Fan Yun, Ren Fang, Lu Chui, ainsi que Xiao Yan lui-même. Doté d’un vaste savoir, il avait étudié en profondeur le confucianisme et le taoïsme. On rapporte qu’il composa des ouvrages totalisant deux cents fascicules, parmi lesquels le Commentaire explicatif du Livre des Mutations, les Questions et réponses sur les Annales des Printemps et Automnes, le Sens droit de Confucius et le Commentaire explicatif du Laozi. Il étudia aussi à fond la doctrine bouddhique. La troisième année de son règne (504), il conduisit en personne vingt mille moines et laïcs à l’étage supérieur de la salle Chongyun, où il proclama qu’il prenait refuge dans le bouddhisme. L’empereur rédigea lui-même l’Édit sur le renoncement aux pratiques taoïstes de Li Lao. Il y déclarait : « Puissent, dans les âges à venir, les jeunes garçons quitter la vie de famille, répandre largement les enseignements des sûtras, convertir et délivrer les êtres doués de conscience, et atteindre ensemble l’état de Bouddha. Mieux vaut rester longtemps dans les mauvaises destinées au sein du Dharma authentique que de se complaire dans l’enseignement de Laozi pour un bref répit d’existence. Que les ministres et les hauts fonctionnaires, les princes, les marquis et les membres du clan impérial abandonnent le faux pour le vrai, et renoncent au mal pour entrer dans la droiture. » En réalité, il s’agissait d’inviter les princes, les nobles comme le peuple à embrasser le bouddhisme. Au nom du souverain suprême, il fit pour ainsi dire du bouddhisme la religion d’État.

Les cas où l’empereur Wu des Liang se voua personnellement au Bouddha sont innombrables. À plusieurs reprises, il se donna en servitude au monastère Tongtai comme serviteur du monastère, et chaque fois, ses ministres dépensèrent des centaines de millions de pièces pour le racheter au monastère. Ses motivations étaient les suivantes. D’abord, montrer sa piété envers le bouddhisme et rehausser ainsi le statut de celui-ci. Ensuite, en faisant racheter par ses ministres, à grands frais, le « Bodhisattva-Empereur », il accumulait des richesses pour les monastères et renforçait leur économie. Il est probable qu’il en profitait aussi pour éprouver la loyauté de ses ministres à son égard. L’empereur Wu interdit aux religieux de boire de l’alcool et de manger de la viande, et fit appliquer strictement la discipline bouddhique. S’appuyant sur des textes du Grand Véhicule, tels que le chapitre « Les quatre aspects » du Sûtra du Grand Nirvāṇa, il composa le Texte sur l’abstention d’alcool et de viande (Duan jiurou wen). Il y exhortait, puis ordonnait aux moines de s’abstenir non seulement d’alcool, mais aussi de toute viande, y compris celle des animaux « morts d’eux-mêmes », sous peine de sanctions selon la loi de l’État et selon la loi monastique. Cette mesure a eu une grande influence sur la vie des bouddhistes par la suite. L’empereur Wu lui-même accordait une grande importance à la discipline bouddhique. La dix-huitième année de son règne (519), il se rendit en personne dans la salle Wu’ai (« Sans obstacle ») et invita Huiyue, du monastère Caotang (« de la Chaumière ») du mont Qingzhong, à lui conférer les préceptes du bodhisattva. Il reçut alors le nom de dharma Guanda. Il nomma par décret Fachao « supérieur du clergé » (sengzheng), la plus haute charge pour la gestion des affaires bouddhiques de tout le pays. Il composa les Règles essentielles pour la sortie de la discipline (Chulü yaoyi) en quatorze fascicules, qu’il ordonna d’appliquer dans tout le pays. L’empereur Wu pratiquait lui-même selon les préceptes des bouddhistes laïcs : il observait le régime végétarien, ne buvait pas d’alcool, n’écoutait pas de musique lascive et pratiquait la continence, entre autres. Il attachait en outre de l’importance à la traduction des sûtras et à l’exposé de la doctrine, et rédigea lui-même des ouvrages bouddhiques.

L’empereur Wu entretenait des relations étroites avec de nombreux moines éminents de son temps : certains devinrent ses maîtres et amis, d’autres, en tant que « moines de la maison » (jiaseng), ses conseillers. Peu après son accession au trône, il ordonna aux moines du Funan (l’actuel Cambodge) installés en Chine, Mandra (ou Mandra Xian) et Saṃghadeva, de traduire ensemble des sûtras. De temps à autre, il se rendait en personne à leur séance et transcrivait de sa main le texte dicté. Paramārtha (Zhendi), l’un des « quatre grands traducteurs » du bouddhisme, vint lui aussi du Funan dans le Jiangnan, à l’invitation de l’empereur. Il discutait aussi de la doctrine avec les moines et exposait lui-même les sûtras au monastère Tongtai, le plus souvent les Sûtras de la Sagesse (Prajñā) et le Sûtra des Trois Sagesses (Sanhui jing). Outre qu’il chargea des moines célèbres de rédiger des commentaires, il se consacra lui-même à l’écriture : on rapporte que ses écrits sur les textes canoniques dépassent cent fascicules. À cette époque, le débat entre la thèse de la mortalité de l’esprit et celle de son immortalité était très vif. Fan Zhen avait ainsi polémiqué à plusieurs reprises avec Xiao Chen, Shen Yue et d’autres membres des « Huit Amis ».

Une fois sur le trône, il alla jusqu’à charger le grand supérieur du clergé Fayun de mobiliser des lettrés renommés, des princes et des dignitaires de la cour, plus de soixante personnes, pour débattre avec Fan Zhen. Usant de son rang et de son pouvoir d’empereur, il créa un puissant courant d’opinion contre la thèse de la mortalité de l’esprit. Dans cette controverse, Fan Zhen fit preuve d’un immense courage et d’un très haut niveau théorique. L’empereur Wu des Liang fit construire des monastères, fondre et sculpter des statues du Bouddha, et organisa des assemblées du Dharma et des cérémonies de jeûne. Par décret impérial, il fit ériger de célèbres monastères, dont le Da’aijing, le Kaishan et le Tongtai, qui entretenaient chacun des milliers de moines et de nonnes. Il fit en outre donation de terres aux monastères, et fit couler pour le monastère Tongtai des statues en bronze doré et des statues en argent des Bouddhas des dix directions. Parmi ces œuvres figurent la statue de bronze d’Amitābha du monastère Guangzhai, haute de dix-huit chi (environ 4 m), ainsi que les statues de pierre de la rivière Shan (Shanxi), l’une debout, haute de dix zhang (environ 24 m), l’autre assise, haute de cinq zhang (environ 12 m). Toutes ces œuvres, majestueuses et imposantes, possèdent une très grande valeur artistique. L’empereur Wu des Liang organisait fréquemment la grande cérémonie de jeûne pour les êtres des eaux et de la terre (shuilu dazhai), la cérémonie de l’Ullambana (yulanpen zhai), ainsi que la grande assemblée sans restriction (wuzhe dahui) des « quatre catégories », à laquelle participaient moines, nonnes, laïcs et laïques. Lors de ces assemblées du Dharma, il pratiquait régulièrement des rites de repentir, tels que le repentir du Nirvāṇa, celui de la Prajñā et celui du Diamant. Il proclama aussi une amnistie générale à l’occasion de ces assemblées, et changea même pour cela la devise de son règne.

En matière de traduction des textes bouddhiques, c’est sous l’ère Yuanjia des Liu Song que l’on traduisit le plus, parmi toutes les Dynasties du Sud. D’après le Catalogue de l’ère Kaiyuan (Kaiyuan lu), la dynastie des Liu Song compta vingt-deux traducteurs, qui traduisirent quatre cent soixante-cinq sûtras et traités, en sept cent dix-sept fascicules. Après le passage des Song aux Qi, les moines chinois accordèrent peu à peu plus d’importance à la composition d’ouvrages qu’à la traduction, ce qui reflète, sous un certain angle, la maturité du bouddhisme chinois. Durant les cent dix ans des trois dynasties Qi, Liang et Chen, on ne traduisit en tout que quatre-vingt-douze sûtras, en deux cent soixante fascicules. Voici quelques-uns des traducteurs les plus importants :

1. Buddhabhadra (Fotuobatuoluo, aussi nommé Juexian, 359-429), moine originaire du nord de l’Inde. Il traduisit en tout treize sûtras, en cent vingt-cinq fascicules. Parmi ses traductions, celles qui eurent le plus d’influence sur le développement du bouddhisme sont les suivantes. Le moine Zhi Faling rapporta de Khotan le Sûtra de l’Avataṃsaka (Dafangguang huayan jing) en soixante fascicules, que Juexian traduisit avec plus d’une centaine de personnes, dont les moines Faye, Huiyan et Huiguan. Cette traduction lança un mouvement d’étude approfondie du Sûtra de l’Avataṃsaka, et devint le fondement scriptural de l’école Huayan, fondée sous les Tang. Il traduisit aussi le Sûtra de méditation de Dharmatrāta (Damoduoluo chan jing) en deux fascicules et le Grand Sûtra du Parinirvāṇa (Da boniepan jing) en dix fascicules. Le monastère Daochang, où il résidait, devint le plus grand centre de traduction de la capitale.

 (Portrait de Buddhabhadra)

2. Guṇabhadra (Qiunabatuoluo, aussi nommé Gongdexian, 394-468), originaire du centre de l’Inde. Il traduisit notamment le Saṃyukta-āgama (Za ahan jing), le Sûtra de la reine Śrīmālā (Shengman jing), le Laṅkāvatāra-sūtra (Lengqie jing) et le Sûtra de la Vie infinie (Wuliangshou jing). Après la traduction de l’Ekottarika-āgama (Zengyi ahan jing) et du Madhyama-āgama (Zhong ahan jing) par Saṃghadeva, et celle du Dīrgha-āgama (Chang ahan jing) par Buddhayaśas, la traduction du Saṃyukta-āgama permit que les quatre Āgama soient entièrement traduits en chinois. Sa traduction du Laṅkāvatāra-sūtra eut un grand retentissement dans le monde bouddhique, et l’étude de ce texte donna naissance à un groupe de « maîtres du Laṅkāvatāra » (Lengqie shi). Après l’essor de l’école Chan, ce sûtra fut pris comme sceau de l’esprit (yinxin). La onzième année de l’ère Yuanjia (434), Guṇabhadra établit au monastère Nanlin une plate-forme d’ordination (jietan) pour conférer les préceptes aux moines et aux nonnes. On dit qu’il s’agit de la plus ancienne plate-forme d’ordination de Chine. Dans les premières sources de l’école Chan, Guṇabhadra est considéré comme le premier patriarche de Chine, ce qui est également lié à sa traduction de ce sûtra. On raconte que le Sûtra des douze pratiques ascétiques (Shi’er toutuo jing) serait aussi de sa traduction. Ce texte joua lui aussi un rôle dans la genèse de l’école Chan. Selon le Kaiyuan lu, Guṇabhadra traduisit en tout cinquante-deux sûtras, en cent trente-quatre fascicules. 

(Portrait de Guṇabhadra)

3. Buddhajīva (Fotuoshi), moine originaire de Jibin (Cachemire), expert de la discipline monastique (vinaya) et de la méditation (chan). Arrivé à Yangzhou la première année de l’ère Jingping (423), il traduisit en trente fascicules le Vinaya en cinq parties (Wufen lü) que Faxian avait rapporté. Le moine Kālayaśas (Jiangliang yeshe), originaire des régions occidentales, maîtrisait l’abhidharma (pitan), la discipline monastique et la contemplation méditative. Au début de l’ère Yuanjia (424), il se rendit à Jiankang et traduisit le Sûtra de la Contemplation de la Vie infinie (Guan wuliangshou jing), qui exerça une grande influence sur l’école de la Terre pure.

4. Guṇavarman (Qiunabamo, 377-431), expert des sûtras et du vinaya. La huitième année de l’ère Yuanjia (431), il arriva à Jiankang par la mer. Il traduisit des textes du Vinaya-piṭaka, dont le Sûtra des bons préceptes du bodhisattva (Pusa shanjie jing), le Karmavācanā en quatre parties (Sifen jiemo), l’Abrégé sur les cinq préceptes de l’upāsaka (Youposai wujie lüelun) et les Vingt-deux préceptes de l’upāsaka (Youposai ershi’er jie), ainsi que les trois derniers fascicules du Traité du cœur de l’abhidharma mixte (Za pitan xin lun). Après Dharmakṣema (Tanwuchen), il fut le grand maître qui introduisit en Chine la discipline du Grand Véhicule.

5. Paramārtha (Zhendi, 499-569), nom sanskrit Poluomutuo, originaire du royaume d’Ujjayinī (Youchanni), dans l’ouest de l’Inde. Dans sa jeunesse, il rendit visite à de nombreux maîtres et maîtrisa aussi bien les doctrines bouddhiques que non bouddhiques, excellant surtout dans les enseignements du Grand Véhicule. L’empereur Wu des Liang avait chargé le royaume du Funan de lui recruter des moines célèbres, et Paramārtha répondit à cette invitation. La douzième année de l’ère Datong (546), il arriva par voie maritime à la commanderie de Nanhai (dans le sud de l’actuel Guangdong), emportant deux cent quarante fascicules de sûtras et de traités en sanskrit. Il était alors âgé de cinquante ans. Il demeura vingt-trois ans en Chine. À cause des troubles de l’époque, il n’eut pas de résidence fixe. Plusieurs fois, il souhaita retourner dans son pays, mais pour diverses raisons n’y parvint pas. Dégoûté du monde, il songea un jour à mettre fin à ses jours, mais ses disciples l’en dissuadèrent. Au milieu de ces errances, il traduisit quarante-neuf textes en cent quarante-deux fascicules et composa lui-même dix-neuf commentaires doctrinaux (yishu) en cent trente-quatre fascicules : ses réalisations furent remarquables. Ses travaux couvrent un champ très large : sûtras, textes de discipline et traités bouddhiques, histoires et biographies des écoles et de leurs figures, ainsi que des ouvrages présentant les doctrines hétérodoxes de l’Inde (waidao). Parmi les textes qu’il traduisit, ceux qui eurent une influence importante sur le développement du bouddhisme de l’époque sont les traités de l’école Yogācāra, dont l’Abhidharmakośabhāṣya (Apidamo jushe shilun) de Vasubandhu (Shiqin), en vingt-deux fascicules, et le Mahāyānasaṃgraha (She dasheng lun) d’Asaṅga (Wuzhu), en trois fascicules. Ces deux traités sont des ouvrages marquants dans l’histoire du bouddhisme indien, à la structure rigoureuse et à la doctrine riche. Paramārtha leur accordait une extrême importance : il ordonna à ses disciples de jurer de propager ces deux traités et de ne pas les laisser disparaître. Grâce à la diffusion assurée par ses disciples en divers lieux, l’école du Mahāyānasaṃgraha (Shelun) apparut à l’époque des Dynasties du Nord et du Sud. Comme l’étude du Mahāyānasaṃgraha se transmettait parallèlement à l’école des maîtres du Daśabhūmika-śāstra (Dilun), répandue dans le Nord, chacune s’en tenait à sa propre interprétation, et l’on n’arrivait pas à trancher. C’est pourquoi Xuanzang partit chercher la Loi en Occident afin de résoudre ces difficultés, et il rapporta, en conséquence, des textes Yogācāra complets, dans de nouvelles traductions.

Les textes traduits par Paramārtha ont, pour la plupart, conservé le visage originel des textes canoniques. Il fut non seulement un traducteur important de l’histoire du bouddhisme, mais aussi un maître de la doctrine d’une érudition exceptionnelle. Durant toute sa vie, outre la traduction et le commentaire des textes, il consacra son temps à enseigner ses propres traductions. Parmi ses disciples importants, on compte une dizaine de personnes, dont Huikai, Fatai et Daoni. Huikai (518-568) fut son assistant le plus précieux dans le travail de traduction. La première année de l’ère Taijian de l’empereur Xuan (569), Paramārtha entra dans le nirvāṇa.

À cette époque, les érudits bouddhistes accordaient une grande importance à l’exposé et à la récitation des textes, ce qui donna naissance à une tendance à se spécialiser dans un sûtra ou un traité particulier, et vit émerger plusieurs maîtres célèbres des sûtras (jingshi), de la discipline (lüshi) et des traités (lunshi). On peut les répartir approximativement dans les catégories suivantes :

· Les maîtres du Satyasiddhi (chengshi shi) : érudits bouddhistes qui étudiaient et diffusaient le Satyasiddhi-śāstra (Chengshi lun) ;

· Les maîtres du Nirvāṇa (niepan shi) : érudits qui étudiaient et diffusaient le Sûtra du Nirvāṇa (Niepan jing) ;

· Les maîtres de l’Abhidharma (pitan shi) et du Kośa (jushe shi) : érudits qui étudiaient et diffusaient l’Abhidharma, traité de l’école Sarvāstivāda du Petit Véhicule. Après la traduction de l’Abhidharmakośabhāṣya, certains se spécialisèrent dans l’étude du Kośa et devinrent « maîtres du Kośa » ;

· Les maîtres du Mahāyānasaṃgraha (shelun shi) : érudits qui étudiaient et diffusaient le Mahāyānasaṃgraha traduit par Paramārtha ;

· Les maîtres des Trois Traités (sanlun shi) : érudits qui étudiaient et diffusaient le Traité du Milieu (Zhonglun), le Traité en cent stances (Bailun) et le Traité des douze portes (Shi’er men lun) ;

· Les maîtres du Vinaya en dix récitations (shisong lüshi) : érudits qui étudiaient et diffusaient le Sarvāstivāda-vinaya (Shisong lü).

La littérature bouddhique des Dynasties du Sud occupe elle aussi une place particulièrement remarquable, tant dans l’histoire du bouddhisme chinois que dans l’histoire de la littérature chinoise. Parmi les poètes célèbres, on compte, sous les Song, Xie Lingyun et Yan Yanzhi ; sous les Qi, Shen Yue et Wang Rong ; sous les Liang, l’empereur Wu, le prince héritier Zhaoming Xiao Tong, l’empereur Jianwen et Ruan Xiaoxu ; sous les Chen, Jiang Zong et Xu Ling, entre autres. Ils introduisirent dans leurs poèmes et leurs proses les idées, le style et les récits des sûtras bouddhiques, produisant des œuvres d’une clarté sereine et d’une élégance raffinée, dont le charme demeure. Parmi eux, Xie Lingyun fut non seulement un poète bouddhiste, mais aussi un grand maître de la poésie de paysage (shanshui shi), qui ouvrit une nouvelle ère dans l’histoire de la littérature chinoise. Zhikai et Zhizang furent des moines-poètes célèbres. Sous les Song, Zong Bing et Yan Yanzhi ; sous les Qi, Ming Sengshao, Zhou Yong et Shen Yue ; sous les Liang, Jiang Yan et Liu Xie ; sous les Chen, Yao Cha, Jiang Zong et Xu Ling, entre autres, furent également des écrivains renommés. Leurs essais bouddhiques et leurs poèmes et rhapsodies de paysage (fu) sont d’une structure rigoureuse et d’une sincérité profonde, et leur influence fut durable. Liu Xie, qui devint plus tard moine, est l’auteur du Wenxin diaolong (« L’Esprit de la littérature et les dragons sculptés »). D’un très haut niveau littéraire et versé dans la doctrine bouddhique, il rédigea la plupart des inscriptions des monastères et des pagodes de la capitale, ainsi que les stèles commémoratives des moines célèbres de l’époque.

Sous les Dynasties du Sud, la construction de monastères et de pagodes devint une véritable mode, et les temples se multiplièrent dans tout le Jiangnan. L’empereur Wu des Liang fit construire le plus grand nombre de monastères, et aussi les plus somptueux. Le monastère Tongtai était le plus vaste et le plus fastueux de la capitale Jiankang à cette époque ; les monastères Da’aijing et Dazhidu connurent eux aussi un apogée éclatant. Les monastères Huangji, Guangzhai et Kaishan étaient également célèbres. Sous les Liu Song, l’ermite Ming Sengshao avait aussi fondé sur le mont Qixia, à l’extérieur de la ville de Jiankang, la « retraite de Qixia » (Qixia jingshe), elle aussi très renommée. Elle fut plus tard transformée en monastère Qixia et compte parmi les « quatre grandes communautés monastiques » (si da conglin) du bouddhisme. Parmi les statues bouddhiques, celles réalisées par Dai Yong, deuxième fils de Dai Kui, passaient pour les plus raffinées. Parmi les peintres de sujets bouddhiques, Zhang Sengyao fut le plus célèbre. Il appliqua à la peinture bouddhique la technique indienne de l’ombrage, transmise par des moines indiens, et créa ainsi un nouveau style de peinture bouddhique en Chine.

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