Avant-propos des Enseignements sur le Sûtra du Lotus  《法华经讲义》序

Bienvenue à tous pour cet enseignement sur le Sûtra du Lotus. Je tiens également à vous féliciter pour l’achèvement de ces deux jours de copie et de récitation. Grâce à cette pratique, on a sans doute approfondi sa compréhension et sa familiarité avec ce texte. Le Sûtra du Lotus est l’un des écrits les plus importants des enseignements du Mahāyāna. Le Bouddha lui-même l’a désigné comme « le roi des sûtras, le premier d’entre eux », et l’a comparé à la perle unique ornant le diadème d’un monarque universel — une image qui illustre sa rareté et sa valeur inestimable.

Dans ce sûtra, le Bouddha révèle la Vision du Bouddha — à savoir que l’on est, dans sa nature profonde, tous des Bouddhas ! Et quiconque écoute les enseignements du Mahāyāna et pratique la voie du bodhisattva peut, en fin de compte, réaliser la bouddhéité.

Pourquoi cette vision est-elle si importante ? Peut-être qu’en entendant la phrase « tous les êtres sont Bouddhas », on n’est pas particulièrement bouleversé. Mais pour quelqu’un qui pratique la voie du bodhisattva depuis de nombreuses années, entendre cette révélation provoque un choc si profond qu’il défie toute description.

Car dès lors, la pratique du Dharma n’est plus un processus qui consiste à passer d’un être ordinaire à un Bouddha. On l’est déjà. L’Éveil n’est pas un but à atteindre par ses propres efforts — il est un trésor qui nous appartient depuis toujours. Il nous suffit de l’ouvrir et de l’utiliser pour goûter à la libération du saṃsāra et à la grande souveraineté qui est notre nature même.

Mais même pour quelqu’un qui n’a jamais pratiqué le Dharma, cette vision est capitale. Si l’on est déjà Bouddha par nature, alors que sommes-nous donc, nous qui sommes venus ici aujourd’hui pour écouter cet enseignement ? Ceux que l’on prend pour des êtres ordinaires, remplis d’habitudes, de désirs et d’afflictions — que sont-ils vraiment ?

Nous sommes originellement Bouddhas, présents partout, souverains, parfaits en mérite et en sagesse depuis toujours. Alors, qu’est-ce que cette chose que nous croyons être ? C’est un rêve des êtres sensibles. C’est notre rêve. Lorsque nous rêvons la nuit, le rêve nous semble bien réel. Mais au réveil, tout n’est qu’illusion, irréel, sans consistance.

Et maintenant, les yeux ouverts, nous continuons à rêver. Dans ce rêve éveillé, tout paraît encore plus réel. Mais lorsque nous réaliserons la Voie et retournerons à notre source — à notre nature de Bouddha originelle — nous saurons que tout ceci n’est également qu’illusion.

Si l’on n’a pas entendu les enseignements du Bouddha et que l’on se trompe sur cette vision fondamentale, alors, tout au long de sa vie, toutes ses poursuites et tous ses attachements reviennent à ériger des objectifs illusoires sur un esprit déjà illusoire. On s’égare, encore et encore.

D’un point de vue limité à une seule vie, on peut avoir accompli certains objectifs. Mais du point de vue de cette longue rivière qu’est la succession des vies, on ne fait que tourner en rond, sans cesse — on ne fait que revenir dans le saṃsāra. Que l’on accomplisse de bonnes actions ou de mauvaises actions, cela ne fait que nous maintenir dans les six voies de renaissance. Avec de bonnes rétributions karmiques, on s’élève un peu plus haut, on retourne dans les cieux. Avec de mauvaises rétributions, on tombe dans les enfers. Et lorsque les mérites sont épuisés, on change simplement de place.

Toutes ces errances, vie après vie, proviennent d’une seule et même erreur initiale — une erreur dans la première pensée, une erreur dans la façon de se définir soi-même. Et c’est cette erreur qui nous fait errer dans le saṃsāra, vie après vie.

Dans la deuxième partie du Sûtra du Lotus, le Bouddha explique également que les trois véhicules — celui des śrāvakas, celui des pratyekabouddhas et celui des bodhisattvas — qu’il avait enseignés auparavant, n’étaient en réalité que des comparaisons habiles, des moyens adaptés pour contrer les désirs et les attachements des êtres. En fin de compte, on ne peut pas atteindre la libération définitive du saṃsāra par ces trois véhicules. Tous, sans exception, s’éveilleront à travers le Véhicule Unique, et réaliseront en lui l’état de Nirvāna du Bouddha, la grande et parfaite illumination.

Puisque tous les êtres sont originellement Bouddhas, que l’on vous donne le fruit d’Arhat, le fruit de Pratyekabouddha, ou encore les étapes de réalisation du bodhisattva — tous ces fruits ne sont que des jouets que le Bouddha vous offre pour vous aider à demeurer dans cette vision du Bouddha et à persévérer dans la pratique du Dharma. Dans le sûtra, il les compare à un chariot tiré par une chèvre, un chariot tiré par un cerf, et un chariot tiré par un bœuf.

« Tous les êtres sont originellement Bouddhas » — si cette vision n’était pas apparue dans ce monde, c’est que le Bouddha ne serait pas encore venu au monde. Si cette vision n’avait pas été consignée dans les écritures, c’est que le Bouddha n’aurait pas révélé la Vision du Bouddha, qu’il n’aurait pas exposé son enseignement le plus élevé.

Celui qui pratique le Dharma sans avoir entendu cette vision, sans l’avoir comprise, n’est pas vraiment un enfant du Bouddha. Car le Bouddha ne lui a pas encore transmis son trésor ultime. Ce trésor — dans tout le royaume du Dharma, dans tout l’univers — seul le Tathāgata l’a réalisé, seul le Tathāgata le possède.

Dans tout cet univers, aucun des maîtres que nous considérons comme grands n’a jamais énoncé cette vision. Ils vous disent qu’ils sont suprêmes, qu’ils ont créé toutes choses, que vous pouvez obtenir la libération en vous unissant à eux ou par leur bénédiction, qu’ils viennent vous sauver. Mais aucun maître ne s’est jamais assis ici pour vous dire : « Vous et moi sommes parfaitement égaux, sans la moindre différence. Vous êtes présents partout comme moi, vous possédez tout en vous-mêmes, vous êtes parfaits en mérite et en sagesse. Vous êtes, dans votre nature profonde, moi-même. »

Aucun maître n’a jamais énoncé cette vision. Seul le Tathāgata l’a réalisée. Sans cette vision, même les grands bodhisattvas ne pourraient pas délivrer tous les êtres sans exception. Mais parce que tous les êtres sont originellement Bouddhas, les bodhisattvas du Mahāyāna peuvent, eux, délivrer la totalité des êtres, accomplir pleinement le fruit de la bouddhéité et réaliser l’Éveil parfait.

De plus, dans le processus de la pratique, on peut utiliser le cœur/esprit du phala pour réaliser l’éveil sur la terre de la cause. Et lorsqu’on connaît cette vision, on comprend que tout ce que l’on prend pour soi-même n’est qu’illusion — y compris le Big Bang que la science nous décrit, ou encore le premier mouvement de l’ignorance dont parle le taoïsme. Tout cela n’est qu’illusion.

Nous sommes originellement sans naissance ni mort ! Nous n’avons jamais bougé !

C’est en connaissant cette vision que le pratiquant du Dharma peut, finalement, briser toutes les formes, demeurer dans les formes tout en étant détaché des formes, et goûter véritablement à la souveraineté du Tathāgata au sein même du monde profane.

Aujourd’hui, nous allons parcourir le Sûtra du Lotus chapitre après chapitre, pour voir comment le Bouddha a développé cette vision tout au long de l’assemblée, et quelle fut la commotion parmi ses disciples lorsqu’ils entendirent cette révélation.

Le Sûtra du Lotus de la Merveilleuse Loi, abrégé en Sûtra du Lotus, comprend vingt-huit chapitres. Il s’agit du récit d’une grande assemblée du Dharma, alors que le Bouddha enseignait sur le mont Gṛdhrakūṭa en Inde — un récit consigné par un grand bodhisattva, depuis la perspective des six voies de renaissance.

Le premier chapitre est le chapitre d’ouverture, qui présente le moment, le lieu, les circonstances et les origines de l’enseignement du Bouddha. Dans le deuxième chapitre, le Bouddha expose la vision centrale de l’assemblée : « nous sommes originellement Bouddhas » et les trois véhicules convergent en fin de compte vers le Véhicule Unique.

Ensuite, du troisième au douzième chapitre, on voit les disciples du véhicule des śrāvakas — c’est-à-dire les disciples du Petit Véhicule — réfléchir et prendre conscience après avoir entendu cette vision. Tout au long de ces chapitres, le Bouddha ne cesse de leur faire des prédictions de future bouddhéité.

Du treizième au dix-neuvième chapitre, le sûtra expose les mérites de la réception, de la récitation, de la copie du Sûtra du Lotus, ainsi que la manière de se procurer ce texte. Il explique également comment faire pour être sans obstacle lorsque l’on souhaite l’enseigner à d’autres.

Puis, sur plusieurs chapitres, le sûtra relate les histoires de grands bodhisattvas. Apparaissent alors plusieurs d’entre eux : le Bodhisattva Jamais-Méprisant, le Bodhisattva Roi-de-la-Médecine, le Bodhisattva Son-Merveilleux, le Bodhisattva Guanyin, le Roi à la Gloire Merveilleuse — tous ces grands bodhisattvas qui se libèrent eux-mêmes et libèrent les autres.

Tout au long de ces chapitres — notamment dans les onzième, quinzième, seizième et vingt et unième chapitres — le Bouddha manifeste également son état inconcevable.

Au vingt-sixième chapitre, certains bodhisattvas présents à l’assemblée récitent des mantras pour protéger cette assemblée, protéger les enseignements du Sûtra du Lotus, et protéger tous les pratiquants qui récitent, copient ou enseignent ce sûtra.

Le sûtra se conclut par le chapitre des Vœux de Samantabhadra. Celui-ci nous enseigne qu’après avoir entendu cette vision, nous devons passer à l’action — pratiquer la voie du bodhisattva — car c’est seulement ainsi que l’on peut, en fin de compte, réaliser la Voie.

Il y a encore un point sur lequel je vous invite à réfléchir. Dans de nombreux sûtras, le Bouddha parle des mérites que l’on retire de la récitation, mais il ne dit jamais que nier ou rejeter tel ou tel sûtra entraînerait de lourdes rétributions karmiques. Parce que le Bouddha est compatissant, il ne parle pas ainsi.

Pourtant, dans le Sûtra du Lotus, le Bouddha déclare que si l’on rejette cette vision, si l’on calomnie ce sûtra, on subira de très lourdes conséquences karmiques. Pourquoi ? Parce que si cette vision disparaît, c’est tout le Dharma qui disparaît. Nier cette vision, c’est couper la semence du Bouddha, c’est couper la vie de sagesse des êtres. La gravité de cette faute est au-delà de toute description — elle est même plus lourde que les cinq offenses capitales, plus grave que de faire couler le sang d’un Bouddha.

C’est ainsi que le Bouddha nous montre, par un autre biais, toute l’importance du Sûtra du Lotus.

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