Après que ces grands bodhisattvas eurent fait le vœu d’enseigner le Sûtra du Lotus dans les temps futurs, le Bouddha commença à enseigner dans le quatorzième chapitre : « Si vous souhaitez enseigner le Sûtra du Lotus dans ce monde, dans les temps futurs, que devez-vous faire pour être sans obstacle ? » C’est le chapitre de la Pratique Paisible et Joyeuse.
Le Bouddha dit : « Les grands bodhisattvas qui enseignent le Sûtra du Lotus dans ce monde impur des cinq turbidités doivent prêter attention aux quatre pratiques suivantes, et ils seront sans obstacle dans leur enseignement. »
Premièrement, demeurer dans le domaine de la pratique du bodhisattva et dans le domaine de la fréquentation. Le domaine de la pratique du bodhisattva, c’est pratiquer la voie du bodhisattva — c’est-à-dire demeurer dans la pratique de la voie du bodhisattva. Le Bouddha a établi six portes du Dharma pour la pratique de la voie du bodhisattva — les six pāramitās : la générosité, la discipline, la tolérance, la diligence, la concentration méditative et la sagesse. Ici, le Bouddha souligne d’abord deux portes du Dharma : la tolérance et la sagesse de prajñā.
Le bodhisattva doit demeurer dans la pratique de la tolérance, quelle que soit la difficulté de l’environnement d’enseignement, avec des paroles et des actions douces et harmonieuses, un cœur paisible et sans crainte. Et dans cette pratique de la tolérance, le bodhisattva doit s’armer de la sagesse de prajñā du Dharma, en réalisant que tous les phénomènes sont vides, qu’il n’y a en réalité ni soi, ni personne qui endure, ni chose à endurer. C’est ainsi qu’il peut offrir le Dharma en toute égalité à toutes choses, sans attachement ni discrimination. Sinon, notre tolérance atteindra un jour un point où elle ne pourra plus supporter — il faut absolument observer que tous les phénomènes sont vides, pratiquer la tolérance en observant que les trois sphères sont vides — celui qui endure est vide, ce qui est enduré est vide, et l’acte d’endurer est également vide. S’armer de la vision juste du Bouddha sur la vacuité, sinon vous ne faites que supporter, et si votre cœur est en colère, un jour vous n’en pourrez plus, et vous serez intérieurement blessé.
Deuxièmement, le domaine de la fréquentation désigne les comportements et les attitudes appropriés envers les différents êtres — comment agir comme un bodhisattva.
- Ne pas s’attacher délibérément aux personnes de rang élevé — le bodhisattva ne doit pas avoir un esprit qui recherche la faveur des puissants.
- Ne pas s’attacher délibérément aux tīrthika. À l’époque, il y avait de nombreux enseignements des tīrthika en Inde. Il ne s’agit pas pour le Bouddha de faire perdre au bodhisattva son esprit de tolérance, ni de rejeter d’autres écoles. C’est de peur que les bodhisattvas, avant d’avoir pleinement réalisé le fruit de la bouddhéité, ne soient influencés par les pouvoirs spirituels, les techniques magiques et les vues erronées des tīrthika, et ne perdent ainsi la vision juste du Dharma. Une fois que tu as accompli la réalisation, même si un accompli dit une parole erronée, cette parole devient juste — mais sa vision n’est pas encore complète. C’est pourquoi, avant d’avoir réalisé la Voie, le Bouddha dit de ne pas s’attacher délibérément aux tīrthika.
- Ne pas lire de livres mondains de mauvais goût, ne pas louer ni réciter les livres des tīrthika. Car les vues qui s’y trouvent peuvent nuire à la santé physique et mentale, ou être erronées et incomplètes. Ne pas s’approcher de ceux qui tiennent des vues erronées, qui se vantent de leur érudition, qui suivent aveuglément l’opinion des autres, ni de ceux qui contredisent tout, qui ont une opinion sur tout, qui sont cyniques et ne peuvent pas voir les choses objectivement.
- Ne pas développer de mauvaises habitudes, comme aimer regarder des pièces de théâtre violentes, des combats, des luttes, des spectacles magiques, etc. Les jeux vidéo violents d’aujourd’hui en font partie. Ces contenus peuvent laisser des traces profondes dans l’esprit et nourrir les cinq poisons — avidité, colère, illusion, orgueil et doute.
- Le bodhisattva ne doit pas s’approcher de ceux qui vivent de la mise à mort et dont le cœur est rempli d’avidité et de malice. Certaines personnes, pour gagner leur vie, pratiquent l’élevage ou la chasse. Mais intérieurement, il faut savoir que toute vie est égale et précieuse. Même si on crée un karma de mise à mort pour gagner sa vie, il faut garder un cœur de compassion et de gratitude, et ne pas tuer par gourmandise ou par goût de la violence.
- Ne pas vivre en compagnie des bhikṣus, bhikṣuṇīs, upāsakas et upāsikās qui pratiquent le Petit Véhicule. Parce que ces personnes ne se préoccupent souvent que de leur propre accomplissement, sans se soucier des souffrances des êtres. Le Bouddha craint que les bodhisattvas, en s’approchant d’eux, ne soient infectés par l’esprit d’égoïsme. Si un pratiquant du Petit Véhicule vient demander le Dharma du Grand Véhicule, on peut lui enseigner selon les circonstances, mais il ne faut pas avoir d’attentes envers eux ni entretenir des relations trop étroites.
- En ce qui concerne les désirs, le grand bodhisattva ne doit pas s’attacher aux apparences masculines ou féminines, ni enseigner le Dharma parce qu’il apprécie l’apparence d’une personne. En parlant du Dharma à une personne de sexe opposé, les paroles et les vêtements doivent être dignes, ne pas être dénudés, ne pas avoir de comportement familier, ne pas créer de malentendu et troubler son cœur. Lorsqu’on est obligé d’être seul avec une personne de sexe opposé pendant l’enseignement du Dharma, il faut réciter le Bouddha d’un seul cœur — c’est-à-dire être en compagnie du Bouddha. Ceci s’applique surtout aux disciples du Petit Véhicule : les moines ordonnés qui se rendent dans les foyers des laïcs doivent sortir en binôme, jamais seuls. En particulier pour les bhikṣuṇīs, lorsqu’elles ne peuvent éviter d’être seules avec une personne de sexe opposé, elles doivent réciter le Bouddha d’un seul cœur — c’est-à-dire être en compagnie du Bouddha, c’est aussi une présence de deux.
- Ne pas s’attacher aux jeunes śrāmaṇeras au visage charmant, à cause de leur beauté ou de leurs services. Parce que certains bhikṣus âgés aiment recevoir des śrāmaṇeras ou des enfants mignons et vifs comme disciples.
- Le bodhisattva doit régulièrement trouver du temps dans des endroits calmes pour recueillir son esprit et pratiquer la méditation. C’est ce qu’un bodhisattva qui commence à faire naître l’esprit de bodhi devrait faire.
Un autre domaine de la fréquentation est le suivant : le grand bodhisattva entre dans le monde pour délivrer les êtres, bien que son corps se trouve dans le monde profane — mais quelle sagesse faut-il posséder pour demeurer fermement dans cet état ?
Premièrement, observer que tout est vide, illusoire et temporairement existant, demeurer dans cet état sans pensées illusoires et renversées, ne pas être agité par les circonstances extérieures — c’est la réalisation de la vacuité.
Deuxièmement, ne pas abandonner l’esprit de bodhi — c’est-à-dire l’esprit de pratiquer la Voie, de réaliser la Voie, de délivrer tous les êtres et d’accomplir l’Éveil parfait et insurpassable.
Troisièmement, le grand bodhisattva doit voir le cycle des renaissances comme vide, sans s’attacher aux apparences de la naissance, de la mort et du nirvāna, contrairement aux disciples du Petit Véhicule qui aiment la quiétude comme félicité suprême.
Quatrièmement, tous les mots et concepts ne sont que des moyens habiles pour entrer dans la Voie, des doigts pointant vers la lune. La nature de Bouddha n’est ni née ni ne meurt, ni entrée ni sortie, ni surgissement ni extinction, sans forme ni manifestation — aucun terme ne peut la définir. Le bodhisattva ne doit pas s’attacher aux dharmas.
Cinquièmement, observer que tout dans le monde n’est pas réellement existant, mais ne pas tomber dans le vide. La nature propre remplit tout le royaume du Dharma, sans obstacle ni limite, infinie et illimitée. C’est-à-dire qu’il ne faut pas s’attacher au vide ! Si tout est comme un rêve, une illusion, une bulle, une ombre, et que les êtres sont aussi illusoires, on ne peut pas cesser de délivrer tous les êtres — ce n’est pas possible.
Sixièmement, tous les phénomènes surgissent de la réunion des causes et conditions, et se dissolvent lorsque les causes et conditions se séparent. Il n’y a pas de soi immuable en eux. Le soi n’est essentiellement qu’une apparence illusoire — il faut briser l’attachement au corps. C’est parce que les êtres ont des pensées illusoires et renversées que surgissent toutes sortes de distinctions. C’est pourquoi le Bouddha enseigne toutes sortes de moyens de contrer et de maîtriser — en réalité, ce n’est qu’une illusion pour contrer une illusion. C’est le deuxième domaine de la fréquentation du grand bodhisattva — le bodhisattva doit avoir une telle vision pour pratiquer la voie du bodhisattva. En résumé : que l’esprit ne soit pas agité par les circonstances, cultiver la force de la concentration, observer la vacuité de tous les phénomènes, ne pas abandonner l’esprit de bodhi, etc. La réalisation de la vacuité du Dharma, c’est la pratique et la réalisation du Dharma.
Parlons maintenant de la pratique paisible de la parole. Précédemment, nous avons parlé de la pratique paisible du corps — comment le corps doit demeurer en paix. Dans l’âge de déclin du Dharma, si l’on souhaite enseigner ce Sûtra du Lotus, on doit demeurer dans la pratique paisible et joyeuse.
- Ne pas aimer raconter les fautes des autres, ni critiquer les défauts des sutras ;
- Ne pas mépriser les autres maîtres du Dharma, ni les rabaisser par la parole ;
- Ne pas parler des qualités ou des défauts des autres, ni critiquer ni discuter publiquement les erreurs et les manquements de leur pratique chez ceux qui étudient le Dharma. Enseigner le Dharma avec égalité envers tous, sans avoir de cœur de préférence ou d’aversion, afin d’éviter que ceux qui viennent écouter ne développent de ressentiment envers le prédicateur. Si quelqu’un pose des questions difficiles ou des défis, le bodhisattva doit répondre avec les enseignements du Grand Véhicule, et non avec ceux du Petit Véhicule.
Troisièmement, la pratique paisible de l’esprit.
- Ne pas avoir de jalousie, ne pas flatter ou mentir pour atteindre un but, ne pas dire de paroles hypocrites et flatteuses ;
- Envers ceux qui étudient le Dharma — qu’ils soient débutants ou qu’ils pratiquent le véhicule des śrāvakas, des pratyekabouddhas ou des bodhisattvas — il ne faut pas, parce qu’on a compris l’enseignement unique du Sûtra du Lotus, développer un esprit de mépris, ni volontairement souligner leurs défauts et leurs manques, ni dire des paroles qui feraient naître en eux le doute envers le Dharma ou le découragement dans leur pratique ;
- Ne pas jouer avec le Dharma, ne pas enseigner le Dharma uniquement pour rivaliser de supériorité. Même si la discussion est nécessaire, elle ne doit être que pour clarifier les malentendus sur le Dharma, afin de délivrer les êtres ;
- Toujours voir la souffrance des êtres et faire naître un grand cœur de grande bienveillance et de grande compassion ;
- Voir tous les Bouddhas comme un père bienveillant, et garder un cœur de gratitude ;
- Voir tous les bodhisattvas comme ses maîtres, et toujours les respecter, les honorer et se prosterner devant eux avec foi ;
- Traiter tous les êtres avec égalité, et enseigner selon leurs capacités. Si le bodhisattva pratique cette troisième pratique paisible de l’esprit, lorsqu’il enseignera le Dharma, son esprit ne sera ni troublé ni dispersé, il pourra obtenir de bons compagnons de pratique, attirer de nombreuses personnes à venir écouter, et ceux qui l’auront entendu en bénéficieront réellement.
Quatrièmement, la pratique paisible du vœu. Dans les temps futurs de l’âge de déclin du Dharma, lorsque le Dharma sera sur le point de disparaître du monde, si l’on pratique le Sûtra du Lotus, on doit faire naître un grand cœur de compassion et de bienveillance envers tous les êtres. Envers ceux qui ne recherchent pas la voie du bodhisattva, il faut penser ainsi : ils n’ont rien entendu, rien su, rien réalisé, rien demandé, rien cru, rien compris de la sagesse suprême et des moyens habiles enseignés par le Tathāgata — qu’ils sont pitoyables ! Ce qu’ils affrontent et ce qu’ils perdent est la chose la plus précieuse au monde. Si je peux réaliser l’Éveil parfait et insurpassable, alors où que je sois, j’utiliserai la force des pouvoirs spirituels et de la sagesse pour guider ces êtres à demeurer dans la porte de la sagesse du Tathāgata. C’est la pratique paisible du vœu. Chaque bodhisattva devrait faire naître un tel vœu. Avec ce vœu, le bodhisattva, en enseignant le sutra, n’aura pas de fautes, et sera constamment honoré, respecté et loué par tous les êtres. Tous les dieux protecteurs du Dharma, pour protéger le Dharma juste, veilleront jour et nuit sans relâche sur le lieu où il enseigne, afin que tous ceux qui viennent écouter puissent faire naître la joie dans leur cœur. Pourquoi ? Parce que ce sutra est protégé par la force de tous les Tathāgatas du passé, du présent et du futur.
Ensuite, le Bouddha dit à Mañjuśrī : « Mañjuśrī ! Ce Sûtra du Lotus est si rare que dans d’innombrables terres, les êtres ne peuvent même pas en entendre le nom, encore moins le voir, le recevoir et le réciter. » Puis le Bouddha raconta la parabole du joyau au sommet du chef — il compara ce Sûtra du Lotus au joyau unique au sommet du chef du roi universel, qu’il n’est pas facile de donner en récompense aux soldats. Parce que ce joyau n’existe qu’au sommet du chef du roi universel — si on le donne à un soldat, même le soldat lui-même serait stupéfait, car cela équivaut à transmettre le trône, à placer la couronne sur sa tête et à lui dire : « Sois le roi. » C’est ainsi que le Bouddha illustre la rareté et la valeur inestimable du Sûtra du Lotus. Tel est le quatorzième chapitre. Ce chapitre enseigne comment le bodhisattva doit agir en parole, en pensée et en corps pour être sans obstacle dans l’enseignement du Dharma.
Enseignements sur le Sûtra du Lotus — (3) — Vidéo en chinois: https://m.ningway.com/video?no=A1004